LAGOS, 8 sept (AFP) - Le Nigeria, le géant d'Afrique noire, se dirige comme un somnabule vers le désastre en raison de l'explosion du SIDA dans ce pays et de l'incurie des autorités face à ce fléau que beaucoup considèrent encore comme une "maladie de blanc", affirment les experts.
"C'est un désastre. Le gouvernement reste sans réaction et personne ne réalise combien la situation est sérieuse", a déclaré à l'AFP un responsable des services de santé qui a requis l'anonymat.
"Le tableau, selon lui, est réellement très sombre".
Six millions de Nigérians, soit 5 % des quelque 120 millions d'habitants du pays le plus peuplé d'Afrique noire sont infestés par la maladie, selon les chiffres officiels.
Ces chiffres, selon les experts, sont en-dessous de la réalité et il faudrait au moins les doubler. Les données d'une nouvelle enquête devraient être prochainement publiées. Mais, selon eux, dans une génération, 30 à 35 % de la population, soit des dizaines de millions de personnes, seront porteurs du virus HIV.
"Le monde retient son souffle face à l'horreur du désastre qui nous menace si nous ne prenons pas de mesures effectives pour endiguer la pandémie du SIDA dans notre pays", avait averti récemment le professeur Olikoye Ransome-Kutil, ancien ministre nigérian de la Santé.
"Il se peut qu'il soit déjà trop tard pour éviter le désastre, mais nous pouvons peut-être encore en amortir le choc", avait-il déclaré dans le cadre d'une conférence à Lagos sur le SIDA destinée à alerter les autorités.
La population ignore les dangers qu'elle encourt et très peu de moyens éducatifs ont été mis en oeuvre dans le pays, sorti en mai dernier de plus de 15 ans de dictature militaire.
L'année dernière, une seule petite clinique de l'Etat de Benue, dans le nord-est du pays, a enregistré 282 décès dûs au SIDA.
Mais au Nigeria, les décès dûs au SIDA sont souvent passés sous silence, les familles ne voulant pas être marquées par les stigmates de la maladie.
Les organisations internationales s'efforcent de pallier l'inaction des autorités par des campagnes pour l'utilisation des préservatifs qu'elles importent dans le pays.
Le directeur de l'ONUSIDA au Nigeria a quitté le pays le mois dernier et n'a toujours pas été remplacé.
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