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Zimbabwe-SIDA-cremation: La crémation, bien que taboue, pourrait aider à combattre le SIDA
Lawrence BARTLETT
Agence France-Presse - août 29, 1999

HARARE, 29 août (AFP) - La crémation des morts, taboue et totalement étrangère à la tradition africaine, apparaît aux autorités comme l'unique solution à Harare, la capitale du Zimbabwe, où les cimetières affichent complet, en raison des ravages causés par le SIDA.

La municipalité s'apprête d'ailleurs à lancer une campagne d'information auprès de ses administrés pour les convaincre de rompre avec des coutumes ancestrales dans l'intérêt public.

Mais le projet pourrait être rapidement enterré tant est forte en Afrique la puissance de la tradition en ce qui concerne les pratiques mortuaires et le respect dû aux morts.

Conformément aux croyances africaines "il faut près d'un an à l'esprit pour quitter le corps d'un mort et rejoindre les esprits des ancêtres" explique le sociologue Gordon Chavunduka, ancien recteur adjoint de l'université du Zimbabwé et président de l'association nationale de médecine traditionnelle.

"Si le corps du défunt est réduit en cendres, son esprit ne pourra s'en détacher. Furieux de constater que les rites funéraires n'ont pas été respectés conformément à la tradition, il pourrait alors revenir pour punir la famille et la communauté", a-t-il indiqué.

L'histoire d'un golfeur de la minorité blanche du Zimbabwe, qui avait demandé à être incinéré après sa mort et à ce que ses cendres soit jetées dans les neuf trous du terrain de golfe où il avait réussi à réaliser son unique coup direct, illustre la force de ces traditions ancestrales.

Les dernières volontés du golfeur blanc furent respectées, mais elles s'attirèrent les foudres des membres noirs du club qui, à chaque fois qu'ils rataient un coup sur le parcours, en rendaient responsable l'esprit de leur défunt collègue.

Pour mettre fin au scandale, le personnel chargé de l'entretien eut tôt fait de nettoyer les trous et de disperser les cendres du golfeur décédé sur le green.

Il n'en demeure pas moins qu'à Harare où l'on s'attend, selon les chiffres officiels, à ce que le SIDA fasse, cette année seulement, quelque 80.000 morts, la crémation pourrait résoudre le problème de manque de place dans les cimetières, estime Eladinous Zimbwa, responsable des cimetières de la ville.

Sur les 7 cimetières de la ville, 6 affichent déjà complet.

La ville entend diffuser une cassette video sur la question pour expliquer le procédé et tenter de convaincre l'opinion, a-t-il indiqué à l'AFP venue l'interroger au crematorium d'Harare .

"Sur les 3.000 crémations effectuées cette année, seulement trois concernaient des noirs", a-t-il souligné.

Eladinous Zimbwa et William Gandiya, le responsable du crematorium, vantent avec enthousiasme la chapelle immaculée, les fours et les broyeurs d'os modernes, et les minuscules sacs en plastique contenant les cendres des morts.

Toutefois, quand on leur demande s'ils accepteraient eux-mêmes de se faire incinérer, ils pâlissent.

"Je veux être enterré parmi les membres de mon clan dans mon village", dit Zimbwa.

"Je ne suis pas prêt (à être incinéré)", dit William Gandiya.

Réalisant toutefois qu'ils se doivent d'être en première ligne pour convaincre l'opinion de l'utilité de la crémation, tous deux font mine de n'avoir pas en fait de solides objections contre le procédé.

La cherté du procédé, outre son caractère tabou, devrait cependant rendre difficile à la crémation de s'imposer.

Une tombe de luxe, sous une pelouse, côute 1.200 dollars zimbabwéens (environ 30 dollars USD), une tombe de seconde catégorie, sous la terre nue, seulement le tiers, alors que la crémation revient à 2.000 dollars zimbabwéens, le gaz utilisé pour actionner les fours étant importé.

Mais le transport d'un cerceuil pour l'acheminer d'Harare au village du défunt revenant de toutes façons plus cher que celui d'un minuscule sac de plastique contenant ses cendres, le procédé de la crémation revient finalement moins cher, renchérit Eladinous Zimbwa qui entend avoir le dernier mot.

Il lui reste à convaincre le million d'habitants d'Harare des bienfaits de la crémation.

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