MOSCOU, 17 juil (AFP) - Natacha Strogonova, 28 ans, rejoint tous les soirs des dizaines d'autres prostituées près du stade Dynamo de Moscou, et gagne en quelques heures plusieurs fois le salaire mensuel qu'elle touchait lorsqu'elle était vendeuse.
"J'ai deux enfants, j'ai besoin d'argent", dit la jeune femme, qui compte se prostituer pendant six mois avant de retourner avec ses économies dans sa ville d'Ivanovo, au nord de Moscou.
La capitale russe doit faire face à une prostitution devenue omniprésente depuis quelques années, et les autorités admettent que la partie est loin d'être gagnée.
La ville compte au moins 60.000 prostituées, venues en majorité de province et des anciennes républiques soviétiques, selon Viktor Iegorin, le chef d'une unité spécialisée du ministère de l'Intérieur mise sur pied il y a deux ans.
Attirées par la perspective de revenus élevés, des dizaines de milliers de jeunes femmes convergent vers Moscou, où le niveau de vie est resté malgré la crise financière d'août dernier bien plus élevé que dans le reste du pays.
A Ivanovo, Natacha touchait 500 roubles par mois (25 dollars), une misère comparée aux 25.000 roubles (environ 1.000 dollars) qu'elle gagne en faisant commerce de son corps dans la capitale.
Certaines prostituées travaillent dans les hôtels ou dans des services de call-girls, mais la plupart racolent dans la rue, ou plutôt s'exposent en rang d'oignons au regard des clients sous la surveillance des proxénètes dans des "points de vente" ("totchki") bien définis.
"Pourquoi avons-nous autant de prostituées? Parce que notre pays traverse une crise économique profonde", estime Viktor Iegorin depuis son bureau situé non loin de la place Rouge.
"Tant que cette situation ne s'améliorera pas, il sera très difficile d'envisager de régler le problème de la prostitution", ajoute-t-il.
Selon une étude effectuée en 1997 par l'association américaine de défense des droits de l'Homme Global Survival Network, Moscou est devenue le centre de la prostitution en Europe de l'est, et fournit des jeunes femmes aux réseaux de proxénétisme en Allemagne, en Pologne, au Japon et à Macao.
La police de Moscou, sommée par les habitants lassés de voir le centre-ville livré au commerce du sexe, a récemment concentré ses efforts sur la rue Tverskaïa, l'avenue principale de la capitale, dont les trottoirs étaient peuplés tous les soirs d'une foule de jeunes femmes.
Les prostituées ont été repoussées plus au nord vers le stade Dynamo, là où travaille Natacha, et d'autres se sont repliées sur les gares.
"Nous essayons de prendre progressivement le contrôle de la situation", explique Viktor Iegorin.
Mais le fonctionnaire ajoute que les efforts de ses dix collaborateurs sont souvent réduits à néant par la police, qui se fait complice de la prostitution moyennant pots-de-vin.
Alors que les Moscovites manifestent leur mécontentement, les politiques évitent soigneusement le sujet, sentant sans doute qu'ils n'ont pas de solution à proposer.
"Si nous les mettons dans un train, elles reviendront", prévient Emma Safarova, médecin-chef au centre médical Sana qui a lancé un programme d'aide aux prostituées.
Le centre médical offre depuis mai une aide médicale gratuite aux jeunes femmes, qui met l'accent sur le virus HIV et les autres maladies sexuellement transmissibles.
Le programme, qui est financé par le ministère de la Santé, mène des études statistiques sur la prostitution et propose aux femmes une aide pour leur propre protection.
Sana a également défrayé la chronique en éditant cette année une brochure intitulée "Sexualité et prostitution : comment éviter les dangers", proposant des conseils pratiques sur les préservatifs et les comportements à avoir avec les clients.
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