KHAYELITSHA (Afrique du Sud), 22 juin (AFP) - Dans l'immense township de Khayelitsha, près de la ville du Cap, la Fondation Rath fait la promotion de ses vitamines pour lutter contre le sida et tente de semer le doute sur l'efficacité des anti-rétroviraux (ARV), provoquant la colère et l'indignation des ONG implantés sur place.
Débarquée en Afrique du Sud en début d'année à grand renfort de publicité, la Fondation du docteur allemand Matthias Rath, qui a mené une campagne de communication très agressive, affirme que les ARV "sont extrêmement toxiques" et "tuent".
Elle est visée par une plainte en diffamation déposée par Treatment action campaign (TAC), coalition d'ONG qui milite depuis des années pour l'accès aux ARV gratuits. Dans un tract distribué dans les bidonvilles de la région, la Fondation Rath accusait notamment TAC d'être financé par "le cartel des groupes pharmaceutiques".
Le procès s'est achevé mardi au Cap dans un climat très tendu. Le jugement a été mis en délibéré à une date indéterminée.
"C'est une sorte d'opération clandestine (...) leurs réunions ne sont pas publiques, ils ne distribuent plus leurs tracts, ils les déposent. Ils veulent créer la confusion, instiller la peur", explique Mandla Majola, 33 ans, responsable local de TAC.
Khayelitsha est un lieu emblématique dans la lutte contre la pandémie, le premier site où des ARV gratuits ont été distribués, en 2001, à l'initiative de Médecins sans Frontières (MSF) dans le cadre d'un programme pilote érigé depuis en modèle.
Dans les locaux de MSF et TAC, placardés sur les murs, des affiches, avec photos et témoignages, rappellent un message simple.
"Mongezi Nonyusa, Khayelitsha - J'ai commencé les ARV en décembre 2002. Je prends une combinaison de AZT, 3TC et Efavirenz (antirétroviraux, NDLR). Je suis en bonne santé et en pleine forme".
"Essayer d'opposer la nutrition et les ARV est un faux-débat", tempête Marta Darder, Espagnole de 38 ans, qui travaille depuis trois ans et demi pour MSF à Khayelitsha.
"Bien sûr que la nutrition est importante, mais pour les malades à un stade avancé, il n'y pas d'autres options que les ARV, et il n'y a aucun débat scientifique sur le sujet".
Pour Marta, le danger du message de Rath "ne concerne pas vraiment les gens déjà sous ARV, car ils en connaissent les bénéfices, mais pour ceux qui sont sur le point de commencer".
Et pour tous ceux qui, comme elle, travaillent sur la terrain, un problème central: l'absence de message clair du gouvernement sud-africain.
"Lorsque nous sommes allés voir des conseillers locaux, leur première question était: pourquoi la ministre de la Santé ne dit rien sur le Dr Rath, si ce qu'il dit à propos des ARV est faux ?", déplore Mandla Majola.
Le gouvernement a lancé fin 2003 un ambitieux plan de distribution gratuite d'ARV mais continue dans le même temps, par la voix de la très controversée ministre de la Santé, Manto Tshabalala-Msimang, d'envoyer des messages pour le moins ambigus sur le rôle exact de la nutrition dans la lutte contre la pandémie.
Le Dr Rath ne cache pas que c'est précisément cette approche qui l'a attiré en Afrique du Sud, dont il veut faire une base de départ pour s'étendre dans le reste du contient.
"Nous reconnaissons le rôle de leader du gouvernement sud-africain dans la promotion de la nutrition dans la lutte contre le sida", explique Khaya Buthelezi, porte-parole de la Fondation.
"L'objectif de notre Fondation n'est pas de vendre des vitamines en Afrique du Sud. Nous faisons de l'éducation, de la formation", assure-t-il.
Sur son site, la Fondation Rath affirme, contre toute évidence scientifique, que "la fin de l'épidémie du sida est en vue" et que "des millions de vie" peuvent être sauvées "naturellement".
Le sida est la première cause de décès en Afrique du Sud, selon le Conseil pour la recherche médicale (MRC).
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