KABOUL, 2 mai (AFP) - Au pays des talibans et de l'islam roi, c'est une petite révolution: l'organisation non-gouvernementale PSI (Population services international) se prépare à lancer à partir de la semaine prochaine une vaste campagne de distribution de préservatifs dans tout l'Afghanistan.
Environ 1,6 million de "Number One" (numéro 1) seront vendus au prix subventionné de 1 afghani (0,02 dollar) en pharmacie et dans les drogueries de cinq grandes villes.
L'opération a débuté discrètement en janvier dans la capitale. Elle est un succès. "Près de 400.000 préservatifs ont été vendus en quatre mois", se félicite Andrew Miller, responsable de PSI.
"Ce programme répond à un besoin. Nous avons constaté dans nos enquêtes qu'il y avait une demande pour les préservatifs en Afghanistan", explique-t-il. "Vu le contexte culturel, nous devons cependant adopter une approche douce, afin de ne pas heurter la sensibilité des Afghans".
Libérée des talibans, la société afghane reste profondément conservatrice et sexuellement répressive. Le sexe y demeure un sujet tabou.
Le préservatif a fait son apparition en Afghanistan dans les année 1980 sous l'occupation soviétique. Il est aujourd'hui disponible dans la plupart des pharmacies, mais reste peu utilisé, et toujours caché, comme tout ce qui a trait à la sexualité.
Pour cette première mise en vente à grande échelle de préservatifs, PSI a choisi la sobriété et un modèle basique: pas de parfum fraise, d'effet "retardant" ou "extra-fin" pour une meilleure sensation.
Vendus par trois, les "Number One" se présentent sous un emballage neutre bleu frappé d'un sigle jaune. Aucune référence visible à la sexualité. Seul le "1" de "Number One" évoque un vague symbole phallique. Le tout ressemble à s'y méprendre à une marque de bonbons ou de piles électriques.
"Number One" est une adaptation d'une capote distribuée sur le marché asiatique. "Cela a été un véritable casse-tête pour traduire la notice ou élaborer un emballage qui ne choque pas", souligne Emmanuel de Dinechin, d'Altaï Consulting, cabinet de conseil qui a participé au packaging du produit.
Impensable de mettre un schéma d'explication et représenter un pénis en érection sur la notice d'instructions, rédigée en dari et en pachtoune. Certains mots - comme le mot sexe - sont bannis.
"Nous ne pouvons pas entrer dans les détails. Pour la publicité, nous devons employer des slogans très neutres", précise-t-on chez PSI. L'ONG prévoit le lancement d'une vaste campagne de publicité "culturellement adaptée" pour soutenir la distribution de "Number One": spots radio, sponsoring, affichettes...
Là encore, la discrétion est de mise. Les formules chocs sont proscrites. Un premier slogan, "Ayez une plus petite famille", n'a pas été retenu. Pas assez politiquement correct dans un pays où une femme se doit d'avoir au moins 5 à 6 enfants. Un très vague "Ayez une vie plus confortable, soyez une famille number One" lui a été préféré.
Financé par la coopération américaine (USAID), ce programme de 5 millions de dollars prévoit également la distribution de contraceptifs féminins, en pilule et injectable, de kit de purification d'eau et de produits anti-moustiques. Tous ces produits ont reçu l'agrément du ministère afghan de la Santé.
Avec à peine une dizaine de cas de sida officiellement recensés, la distribution de préservatifs en Afghanistan n'a pas pour objectif la lutte contre le sida. "Il ne s'agit pas non plus de faire du planning familial", assure le chef de mission de PSI, Gordon Mortimore, "mais d'inciter les couples à l'espacement des naissances", et de lutter ainsi contre l'un des taux de mortalité maternelle les plus élevés au monde.
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